James Webb : L’inaccessible etoile

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Pour remonter le temps à l’échelle de l’univers, le secret relève de l’artifice, il suffit de tendre un miroir aux cieux. La suite consistera à savoir décrypter les informations qui s’y inscrivent.  En termes de collection de données, deux paramètres principaux conditionneront le succès de l’aventure. Le premier est la taille du réflecteur, ceux qui équipèrent les débuts des télescopes au XVII siècle ne dépassaient pas les 5 cm. Le second est lié à son emplacement géographique, il faut s’éloigner le plus possible de toute pollution lumineuse terrestre tout en évitant les turbulences atmosphériques qui dénaturent le scintillement des étoiles. En somme, il faut viser le plus grand des miroirs à la plus grande des altitudes et si possible par le plus grand des froids. Car à force de distance, la lumière que nous envoient les étoiles change sa longueur d’onde, pour se transformer en infrarouge. Cette dernière est associée à la chaleur et sait nous renseigner sur les structures de l’univers à l’aube des temps. Pour capter la plus faible des chaleurs, il faut être plongé dans un froid profond. L’espace extra-atmosphérique où règne une température de -273C remplit ces critères. Faudra-t-il encore doter le télescope d’un parasoleil afin de se protéger des radiations émises par les astres à proximité…

James Webb, le télescope spatial récemment déployé, digne successeur de « Hubble », a été pensé et conçu avec ces ambitions depuis les années 80. Afin de maximiser la taille du miroir tout en pouvant l’intégrer dans un carénage de fusée, au lieu d’une seule surface ininterrompue, c’est un assemblage de réflecteurs qui se déplient en nid d’abeille une fois désarrimé. Son diamètre alors est de 6,5m. James Webb fut envoyé au « point de Lagrange 2 ». Un endroit singulier, situé à 1,5 million de kms où la Lune la Terre et le Soleil se trouvent alignés, si bien qu’un seul pare-soleil (un voile lui aussi dépliable et de la taille d’un court de handball) suffit à rester dans l’ombre afin d’échapper à tout réchauffement intempestif… Les premières images sont arrivées, c’est le début d’une nouvelle ère pour la cosmologie et pour la physique fondamentale et, par ricochet, pour l’humanité.

Première image prise par le télescope spatial James Webb ©nasa

Car ce télescope ne va pas seulement nous permettre d’avoir une idée plus précise de ce qu’était l’univers, il y a 13 milliards d’années, il sera une des clés aux énigmes qui jalonnent les recueils scientifiques depuis Einstein et la théorie de la gravité générale. Elles sont encore nombreuses, matière noire, énergie noire, expansion de l’univers, singularité des trous noirs, compréhension du monde quantique et de ses paradoxes …Des théories ont vu et continuent de voir le jour, elles divisent et alimentent sainement le débat scientifique. Théorie des cordes, théorie Mond, théorie de la gravité quantique à boucle pour ne citer que les plus en vogue, elles nécessitent d’être confrontées à l’observation, au réel afin d’être validées, infirmées ou encore bornées dans leur prédictions et conjectures.  Plus prosaïquement, James Webb, apportera encore un éclairage décisif sur les exoplanètes et donc sur les probabilités que la présence de vie semblable à celle qu’abrite notre planète, soit, dans l’univers observable, de l’ordre du banal, de l’unique ou de l’exceptionnel.

Si la réussite de ce projet est totale et les espérances grandes, elle est avant tout une aventure collective – quoi de mieux qu’un miroir en forme de nid d’abeille pour la symboliser-.  Il faut en effet saluer la coopération scientifique internationale (Europe, États-Unis, Canada) qui a permis de mettre au point ce concentré de technologies dont le but n’est autre que de soutenir, guider et enrichir la science fondamentale avant que de ne penser à quelques applications mercantiles ou militaires. C’est une victoire des démocraties, où parfois, le désir de connaissance peut l’emporter sur celui de puissance dans les orientations budgétaires. Aussi, un budget prévisionnel dépassé de vingt fois pour atteindre 12 milliards et 17 années de retard dans la construction de ce télescope, n’auront pas suffi pas à nous détourner d’un essentiel, la quête opiniâtre, raisonnée, collective et poétique de l’origine et de ce qui est.  Enfin, comment ne pas sourire en pensant que transcender le diptyque chaos cosmos, s’extraire de l’obscurantisme, cela n’a jamais été ici que capter le plus de lumière possible, aussi simplement que littéralement.