Pétrole : le temps d’uN pic.   

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Les récentes tensions exercées sur les marchés du gaz et du pétrole ne sont qu’un énième rappel de la profonde dépendance de nos sociétés aux énergies fossiles. Le stock est par essence limité. Les différents scénarios prospectifs s’accordent très majoritairement à pointer sur l’avènement d’une déplétion du pétrole conventionnel dès la seconde moitié du XXIème et il est fort à parier qu’elle ait déjà commencé comme le stipule le rapport annuel de l’agence internationale de l’énergie. Les gisements de pétrole ont mis 250 millions d’années à se constituer, ils sont le résultat d’un long processus de sédimentation, deux siècles auront suffi à les épuiser ou du moins à les rendre inexploitables, ce constat, sans appel, minore à lui seul toute variance possible de ces projections encore jugées par certains trop «alarmistes»..

L’attention que nous devrions porter aux Cassandre devrait être pourtant toute particulière tant les hydrocarbures irriguent la civilisation moderne. Sur ce point, l’analogie d’un sang coulant dans les veines ne serait en rien abusive. Il faut bien se représenter le pétrole comme une énergie «extraordinaire» en regard de ces consœurs. Sa composition liquide permet extraction, stockage et transport avec une efficience hors du commun (et donc à un coût dérisoire), sa densité énergétique par unité de volume et de poids est remarquable, ses réseaux de distribution ramifient les territoires, enfin, après raffinage, les dérivés du pétrole s’inscrivent comme autant d’indispensables à une population toujours croissante (engrais, plastique, fibre synthétique, propane, bitume…). Ces propriétés ont permis des diminutions drastiques de coûts de production et de distribution de l’ensemble des biens matériels de la planète, tous secteurs confondus. Sous l’angle historique, la révolution industrielle, la production de masse, l’agriculture intensive, la mondialisation des échanges et plus globalement la «croissance», possèdent pour dénominateur commun l’exploitation des ressources fossiles où le pétrole tient un rôle majeur. On peut être pris de vertige une fois envisagée la valeur résiduelle des actifs produits depuis les années 1900, à l’échelle du demi-siècle, elle est quasi nulle. Autant de biens au coût énergétique prohibitif à constamment renouveler, avec en parallèle une population désormais proche des 8 milliards. L’équation relève de l’impossible. Quant à l’innovation technologique comme une solution systémique à l’augmentation des besoins énergétiques, elle atténue la perception du phénomène tout en l’encourageant. À titre d’exemple, si le rendement des moteurs thermiques a été démultiplié, l’intensification des usages a contrebalancé sans commune mesure les progrès réalisés. Les impacts d’une raréfaction du pétrole seront donc colossaux, c’est une drogue dure qui restera sans palliatif viable si nous nous refusons à considérer une diminution collective, orchestrée et non subie de son exploitation avant même d’envisager ses substitutions qui n’ont souvent pour effet que de se rajouter à la consommation énergétique mondiale déjà existante.

L’épuisement – progressif ou non – du pétrole aura un donc effet domino, en tous lieux, tous secteurs, tous métiers, toutes sphères. Fuite en avant, déni, profits à court terme ne feront qu’amplifier les conséquences d’un asservissement volontaire. Accepter et penser la problématique, s’engager sur la voie des prises de décisions, modifier nos comportements éclaireront encore sur les autres avantages d’une baisse ordonnée de l’exploitation des hydrocarbures, parmi lesquels la soustraction partielle aux dépendances énergétiques, une diminution sensible des pollutions et des émissions de CO2.


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